- The Black Frog à l'ECV !

Publié le 26 Novembre 2012

Séminaire design/modelage M2/M1 avec Igor-Alban Chevalier alias The Black Frog.
Il est revenu sur sa carrière de Production designer dans le cinéma, l'illustration et la sculpture. 
En plus de ses participations à la direction artistiques d'effets sur des films (Harry Potter, X-men...), Black Frog développe son univers et son style graphique pour ses réalisations personnelles. Il maîtrise aussi le story-board, l'écriture, la bande dessinée, le chara-design et bien d'autres techniques.
http://lagrenouillenoire.tumblr.com/

A l’issue de cette rencontre, il a accepté, non sans humour, de répondre à quelques questions :

En quelques mots, pourriez-vous nous dire qui vous êtes, votre parcours, comment vous en êtes venu à faire ce que vous faites ?

Qui je suis on ne pourra vous le dire qu’à ma mort, et ce ne sera que l’idée qu’on s’en sera fait de toute façon, on vous mentira sans doute, et c’est certainement mieux comme ça.

Quant à mon parcours, j’en ai écrit un petit bouquin autobiographique – Les Carnets De La Grenouille Noire. Conscient de Vacuité, CFSL.Ink, 2009 -  pour éviter d’avoir à répondre à cette question trop souvent. En gros j’ai fait des études d’arts appliqués, je suis parti en Angleterre à 24 ans pour devenir un des directeurs artistiques du Jim Henson’s Creature Shop, studio spécialisé dans l’animation à l’origine de The Muppet Show, The Dark Crystal, Labyrinth…). J’ai ensuite vécu aux USA où j’ai travaillé dans le cinéma et les jeux vidéos en tant que freelance designer, VFX Art Director et Production designer sur des films comme X-Men et Harry Potter. Je vis maintenant à Berlin.  

 

IMG 3266 DSC 0140

Était-ce la première fois que vous veniez en parler face à des élèves?

Non, je fais ça relativement souvent en fait. J’aime bien.
J’ai donné des cours à des professionnels pendant un an à l’école d’effets visuels de Gnomon à Los Angeles. J’ai aussi la chance d’être appelé de temps en temps de par le monde pour participer aux workshops de la société Massive Black en tant qu’instructeur-conférencier. On y est traité comme des « rockstars du design » pendant une semaine dans des hôtels cinq étoiles ce qui est assez agréable, ça change de nos vie habituellement passées en sous-marin. On rencontre plein de gens passionnés, on se fait de nouveaux amis, on se rappelle qu’on fait quand même un métier cool aussi.

DSC 0155 DSC 0147

De quoi avez-vous parlé en particulier lors de votre intervention?

De bêtises. De tout. De la vie, des attentes de chacun, des déboires du métier, de ses joies, des chemins possibles, de ceux à éviter, de design, de narration, d’écriture, de présentation, de vente, de ce qui fait un bon designer (le sujet est vaste, bien sûr, on en a juste un peu gratté la surface), de sculpture, et surtout de la création d’histoires, de leurs mécanismes logiques et de leur importance primordiale. Si l’histoire ne tient pas debout, rien ne tient debout. On a trop tendance, et ça, de plus en plus, à tout miser sur le design. Mais si ce « cool design » n’a aucune raison d’être, aucun sens, tout se casse la gueule.

DSC 0151 IMG 3278

Est-il important pour vous de partager votre expérience avec de jeunes créateurs?

Oui. Je crois en fait que c’est la plus importante des activités satellites de mon métier. J’aurais adoré avoir eu l’intervention de professionnels quand j’étais à l’école. Avoir l’opportunité comme l’ont les élèves de l’ECV de voir un intervenant différent chaque semaine (ou toutes les deux semaines je ne sais plus) est, à mon avis, extrêmement précieux. C’est une fenêtre sur le futur, une carte de navigation dans des eaux souvent dangereuses aussi. Au début de sa carrière on est toujours relativement naïf. Naïveté d’une part due à la jeunesse mais aussi grandement à une ignorance totale de ce que cela implique de devenir freelance ou employé dans le monde du film et/ou du jeu vidéo. Il est important d’avoir une introduction sur «l’étiquette», sa façon de se présenter, sa façon de réagir en équipe et au sein d’une compagnie, les délais de production, les politiques d’entreprise, ce genre de choses… Histoire de pas se faire brûler les ailes avant de savoir voler par exemple. Mais il est aussi essentiel de parler des réalités de production qui vont très souvent à l’encontre du créateur. Mieux vaut y être préparé. C’est un métier où il faut savoir jongler avec les œufs qu’on nous donne… Et on nous en donne rarement suffisamment pour faire le gâteau qu’on attend de nous.

Qu’avez-vous pensé de la réceptivité, de la curiosité des élèves de l’école?

Ils sont curieux, dégourdis, avec une certaine dose de talent, mais dans leurs yeux il y a toujours un petit coté « Oh moi tu sais, j’t'écoute que d’une oreille et je f’rai de toute manière ce que je veux quand tu s’ra parti ». C’est bien en même temps, c’est le moment d’en profiter, leur liberté après l’école se payera très cher…

IMG 0404 DSC 0161